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Lucienne Brun
1941-2020



Lyon, 12 décembre 1981, Lucienne, qui vivait à Marseille, participe à la manifestation nationale
en soutien à une lesbienne qui risquait de perdre la garde de son enfant.

« Mères ou non, lesbiennes ou non,
Nous ne transmettrons plus la loi du père
 »


Lucienne,
Nous gardons en mémoire
ta voix, douce et fuselée,
ton rire en cascade,
ton amour des mots,
ton humour et ton goût des mots d'esprit,
ton sens des amitiés féminines et des combats féministes,
ton côté décidé et parfois plein d'autorité lorsque des décisions étaient à prendre !
Tu ne rechignais pas à mettre la main à la pâte, 
que ce soit pour nous régaler de mets et de fleurs – toi qui aimais tant la botanique –, ou de mots et de poésie.
Tu as joué un rôle actif dans le Mouvement de libération des femmes et pas seulement à Marseille. Dès le début du Mouvement, dans les années 1970-80, est né un « axe » fort Toulouse-Aix/Marseille, dont tu étais pour nous la personnalité marquante.

En avril 1980, tu as participé à nos côtés à la fabrication du n° 9-10 de La Lune Rousse, le journal de la Maison des femmes de Toulouse.

En février 1981, nous dansions et chantions avec toi, pour l’inauguration de la Maison des femmes de Marseille, 95 rue Benoît Maillon, maison dont tu as été, à sa création, l’une des chevilles ouvrières.

Et en décembre 1981, à Lyon, nous étions ensemble, femmes de Toulouse et de Marseille, à la manif de soutien d’Évelyne, une lesbienne à qui son ex-époux voulait retirer la garde de son enfant, sous prétexte de son homosexualité.

Comme les grandes féministes qui nous ont précédées, tu n'as jamais isolé ton combat pour la libération des femmes du combat pour l'égalité et la liberté de toutes et de tous dans ta ville, Marseille.
Tu as accompli ta tâche de travailleuse sociale avec souci et sérieux, avec un extrême dévouement et tu as contribué à faire, de ces quartiers déshéritées, ces fameux quartiers Nord de Marseille, des lieux vivants. Tu as su nous montrer, grâce à tes livres, que ces quartiers avaient une riche histoire, faite de travail, de luttes, de fêtes et de traditions, tu as ainsi tissé des liens entre passé et présent pour donner un tissu humain aux habitants de ces quartiers, pour relier les anciennes populations aux nouveaux arrivants.
Lucienne, tu es le bleu de tes yeux, parfois bleu gris, changeants comme les nuages et les cieux et la mer Méditerranée que tu aimais tant.
Nous penserons à toi lorsque nous les regarderons sur la plage ou dans les nuits étoilées, songeant aux étés que nous avons si souvent eu plaisir à partager.
Amitié et tendresse à VOUS !

Ce texte, écrit par Irène Corradin, pour les femmes de la Maison des femmes de Toulouse,
a été lu pour l'enterrement de Lucienne, à Marseille, le 11 janvier 2020





Ses obsèques, hier à Marseille, étaient à son image. Très diverses d'expression, très peu conventionnelles, très touchantes. La presse ne parle pas de son engagement féministe mais nous avons chanté l'Hymne des femmes devant son cercueil. 

Marie-Thérèse Martinelli, 12 janvier 2020

 

 

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Dernière mise à jour : 7 Février, 2020